“Plus Cher”, de Tante Hortense chez votre disquaire

“Plus Cher”, de Tante Hortense chez votre disquaire

La première chose que l’on peut reconnaître à Tante Hortense est un

REMARQUABLE TALENT de CUISTRE DÉLICAT.

Cette aptitude lui permet parfois d’utiliser le second degré comme un stratagème. De désamorcer les mécanismes de protection, de distanciation, auxquels le public a recours face à une œuvre au premier degré. Une œuvre “au second degré” est a priori moins dangereuse, plus légère et n’alerte pas le système immunitaire culturel de l’auditeur. Sous couvert de second degré il cherche à rendre au premier toute sa force : On peut donc considérer qu’une partie de l’œuvre de Tante Hortense est au degré 1,5, à peu près.

Les formes des chansons et les moyens mis en œuvre pour les exprimer sont très divers. On trouve dans les disques de Tante Hortense des chansons harmonisées a capella, des chansons au piano, avec des guitares, des percussions, des boucles en 8 bit, des expérimentations avec des logiciels recommandés par la musique sérieuse, comme par exemple MAX/MSP. Et puis aussi des chansons de Griot, dont la narration est très construite. Dans tout cela les champs sémantiques sont méticuleusement choisis, du plus graveleux au plus précieux, et se mélangent avec autant de naturel que des BOURGEOIS PROVINCIAUX

dans une partouze à Montpellier.

Enfin : une qualité presque sacrée de Tante Hortense est l’ÉLÉGIE.

La souffrance est exprimée, en une plainte ; cette plainte devenant plaisir grâce à sa propre sensualité, dans le chant qui la contient ; la conscience de ce plaisir devenant une joie.

Plus Cher est à ce jour l’entreprise discographique la plus ambitieuse Tante Hortense. C’est tout d’abord le fruit d’une forte condensation : Les douze titres qui le composent ont été sélectionnés parmi les quatre-vingt ou cent chansons que l’artiste a composées et écrites entre 2006 et 2008.

C’est ensuite un travail passionné sur le son et les arrangements, en collaboration avec des musiciens précisément choisis en fonction des morceaux, pour leur timbre de voix (Eloïse Decazes), leur diction (Franck Monnet), leur jeu (Neman Herman Düne, Etienne Jaumet, Thibaud Frisoni). Il y a même une chanson accompagnée par une fanfare de douze cuivres et percussions, que Tante Hortense a contrainte à marcher sur des oeufs, pour suivre pas à pas sa voix.

C’est enfin une production soignée, du point de vue du phonogramme (qui est mixé par Jean-Baptiste Bruhnes) et du point de vue de l’édition du support physique : un livret de seize pages, illustré par Lina Jabbour, incluant également textes et photographies, accompagne le CD.

Les références musicales que l’on pourrait invoquer pour décrire ce disque sont nombreuses : les Tropicalistes Brésiliens des années soixante, Philippe Katerine, le ‘folk indé’ anglo-saxon. Tout cela se mélange ou se suit, contribue à une collection de paysages, dépaysants par leur concomitance même, comme dans un vieux James Bond.

Ce qui fonde pourtant Plus Cher comme album, dépassant la simple collection, se situe à un niveau supérieur à ce décor :

c’est la cohérence donnée à l’ensemble par l’écriture, la permanence de sa singularité au fil des chansons.

zicmeup